Les jardins résidentiels constituent une part importante des espaces verts urbains et jouent un rôle clé pour la biodiversité. Pourtant, on sait encore peu de choses sur les éléments que les jardiniers peuvent réellement modifier pour favoriser la présence d’espèces. A ESE, Muriel Deparis et ses collaborateurs (équipe PEPA) ont réalisé une synthèse systématique de la littérature scientifique afin de mieux comprendre comment la composition des jardins et les pratiques de jardinage influencent la biodiversité.

Pour cela, les chercheurs ont analysé près de 3 900 articles scientifiques issus de bases de données internationales. Après un processus de sélection en plusieurs étapes, ils ont retenu 52 études pertinentes portant exclusivement sur des jardins résidentiels. Ces études ont été subdivisée en 755 combinaison précise entre un groupe d’organismes (plantes, insectes, oiseaux…), un facteur étudié (composition du jardin ou pratique de jardinage) et une mesure de biodiversité (richesse ou abondance des espèces).

Leurs résultats montrent que les connaissances disponibles sont encore limitées et très inégalement réparties. La majorité des études porte sur les insectes, en particulier les pollinisateurs comme les abeilles et les papillons, tandis que les oiseaux, les mammifères ou les amphibiens sont beaucoup moins étudiés. La composition des jardins est davantage documentée que les pratiques de jardinage : la diversité et la surface de la végétation, les ressources florales ou encore l’hétérogénéité du jardin sont les facteurs les plus fréquemment analysés. À l’inverse, certaines caractéristiques pourtant courantes dans les jardins, comme la présence de haies, de bois mort ou de points d’eau, restent peu étudiées. Concernant les pratiques de jardinage, l’utilisation de produits chimiques (pesticides, insecticides, herbicides) domine largement les recherches, alors que d’autres pratiques comme la tonte, l’arrosage ou le désherbage sont étonnamment peu documentées.

Les chercheurs identifient néanmoins un « noyau de connaissances » autour de l’effet des ressources florales sur les abeilles, suggérant que l’abondance et la diversité des fleurs constituent un levier important pour favoriser certains groupes d’espèces.

Dans un contexte d’urbanisation croissante, cette étude met en évidence un paradoxe : malgré l’intérêt grandissant pour la biodiversité en ville, les connaissances sur les actions concrètes que peuvent mettre en œuvre les particuliers restent fragmentaires. Elle ouvre plusieurs pistes de recherche, notamment la nécessité d’étudier davantage de groupes d’organismes, de mieux caractériser les pratiques de jardinage (leur fréquence, leur intensité) et de comprendre le rôle précis des différents éléments qui composent les jardins. À terme, ces travaux devraient permettre de formuler des recommandations plus solides pour accompagner les jardiniers dans la conception et la gestion de jardins favorables à la biodiversité.

Lire l'article : https://link.springer.com/article/10.1007/s11252-026-01957-x

Exemple de jardin résidentiel illustrant la diversité de certains éléments de composition (pelouse, massifs fleuris, arbres) pouvant influencer la biodiversité. (Photo : Muriel Deparis).

Contact : muriel.deparis@universite-paris-saclay.fr