La diversité comportementale constitue l’un des principaux angles morts de la recherche sur la biodiversité. Il est nécessaire de mieux prendre en compte la variation comportementale entre les individus, les populations et les écosystèmes, et ce au-delà du règne animal, afin de renforcer les efforts de conservation et de protéger le potentiel d’adaptation de la nature.

Dans cet article, I. Jaric, D. Moreira et P. Lopez-Garcia (ESE), avec une équipe internationale, abordent les lacunes  dans la connaissance de la diversité comportementale (laquelle désigne la variabilité des traits comportementaux aux différentes échelles de la hiérarchie biologique, allant de l’individu à l’écosystème en passant par la population). Ils préconisent également le recours à des indicateurs standardisés, à l’innovation technologique et à la recherche interdisciplinaire pour combler ces lacunes et améliorer la conservation de la biodiversité.

« La diversité comportementale devrait être reconnue comme un élément clé supplémentaire de la biodiversité, aux côtés des espèces, de leurs fonctions et de leurs gènes », déclare Ivan Jarić. « Bien qu’elle ait été jusqu’ici bien moins étudiée à l’échelle de l’écosystème que d’autres composantes de la biodiversité, la diversité comportementale peut avoir des conséquences considérables pour les populations, les communautés ou les écosystèmes, même lorsque les changements de comportement surviennent au sein d’une seule espèce. » La diversité comportementale est une composante essentielle de la dynamique de la biodiversité et constitue une force motrice des processus écologiques et évolutifs. Elle constitue également un réservoir d’adaptations aux changements environnementaux, offrant une première réponse ainsi qu’un signal d’alerte précoce face aux impacts humains.

Les auteurs argumentent que le manque de connaissances sur la diversité comportementale doit être reconnu comme une lacune majeure et que cette approche doit s’étendre au-delà du règne animal pour englober les comportements des plantes, des champignons et des micro-organismes. « Bien que les micro-organismes et les champignons représentent la majeure partie de la biodiversité terrestre, leur prise en compte dans les objectifs de biodiversité et les efforts de conservation accuse un retard par rapport aux autres groupes taxonomiques », souligne Purificación López-García. Bien que véritablement fascinante, « Leur diversité comportementale reste particulièrement mal définie et peu étudiée à travers l’arbre du vivant. Les champignons et les micro-organismes manifestent des comportements individuels et collectifs remarquables, incluant la perception de l’environnement, la capacité à distinguer des apparentés génétiques et même des stratégies de prédation élaborées. »

Les récentes avancées technologiques offrent de nouvelles opportunités pour étudier la diversité comportementale à travers l’arbre du vivant. Parmi les technologies particulièrement prometteuses, on compte les réseaux d’enregistreurs automatiques, les drones, les systèmes de caméras et la biotélémétrie, associés à la vision par ordinateur et à d’autres technologies d’intelligence artificielle.

« Pour combler les lacunes dans nos connaissances sur la diversité comportementale, nous devons élaborer une classification unifiée des comportements entre les espèces, des indicateurs standardisés de diversité comportementale et de vastes bases de données comportementales ; il nous faut également améliorer le partage des données et la collaboration internationale, tout en renforçant les capacités de recherche dans les régions sous-représentées et peu étudiées », déclare Daniel Blumstein, de l’Université de Californie, autre auteur de l’étude. « Les efforts de recherche devraient aussi accorder la priorité aux comportements rares, menacés, clés de voûte ou déterminants pour la valeur adaptative, ainsi qu’à ceux qui revêtent une importance particulière pour la conservation ou la gestion, ou qui possèdent une valeur socioculturelle ou économique notable pour l’être humain. »

En somme, il est urgent d’intégrer la diversité comportementale, de manière équitable et robuste, aux stratégies internationales de conservation et de restauration de la biodiversité, et de l’associer directement aux fonctions écosystémiques, aux bénéfices pour les populations humaines et aux retombées socio-économiques.

Contact : Ivan Jarić, ivan.jaric@universite-paris-saclay.fr

En savoir plus : https://doi.org/10.1016/j.tree.2026.09.002

Le champignon Arthrobotrys spp. présente un comportement prédateur en produisant des anneaux d’hyphes qui se contractent pour piéger des nématodes ; le champignon colonise ensuite ces derniers et les décompose de l’intérieur (photo : Fredrik Klinghammar).

Membres prédateurs des Patescibacteria se nourrissant d’autres cellules bactériennes. Individus de Vampirococcus lugosii (Absconditabacteria ; flèches) fixés sur leurs hôtes photosynthétiques anoxygéniques de prédilection (Halochromatium sp.) ; Les cellules hôtes marquées par des astérisques sont mortes sous l’effet de la prédation (photos d’Ana I. Lopez-Archilla).